8 In Life

Comment j’ai arrêté de rêver ma vie pour commencer à la vivre

Dans mon article précédent, j’abordais le fait que, pour 2017, je souhaitais continuer à prendre plus en considération mes attentes et mes désirs personnels plutôt que de me donner corps et âme à mes études pour m’assurer un avenir professionnel franchement incertain.

Pourquoi j’ai pris cette décision et qu’est ce qui m’a poussé à me remettre en question ?

J’ai toujours été le genre de personne à me préoccuper des autres : leurs besoins, leurs désirs, leurs attentes à mon sujet, je partais du principe que me rendre utile, avoir plein d’amis, faire plaisir à ma famille était le plus important. Plus important même que mes propres attentes.

J’ai donc toujours fait en sorte d’être là pour les autres. J’étais là quand mes amis avaient besoin d’une épaule, j’étais là quand il y avait des problèmes à la maison, j’étais là pour donner des conseils à mes copines, leur tenir la main pour tout et n’importe quoi. Bref, j’étais là. Mais qui était là pour moi ? A vrai dire, pas grand monde. Il faut dire que c’est difficile de poser sa tête sur l’épaule de quelqu’un quand la sienne est déjà fermement installée sur la votre. J’ai fait cette constatation à plusieurs reprises pendant mes années lycée et même après. J’avais des tas d’ « amis », mais les personnes présentes pour moi pouvaient se compter sur les doigts d’une main. Ça me faisait mal. Mais au moins j’étais utile aux autres (et puis j’adore les potins alors bon).

Il en allait de même en ce qui concernait mon entourage proche. J’avais le sentiment angoissant que le bonheur de mes proches résidaient uniquement en ma future réussite dans la vie, telle qu’ils la concevaient : voir de bons résultats, choisir une carrière pleine de succès, avoir des enfants, une maison, un chien… Bref, la totale. Il fallait donc que je fasse de mon mieux. Après tout, je leur devais la vie non?

Toute ma vie, j’ai tenté de satisfaire tout le monde. J’ai été ce que l’on attendait de moi : une amie parfaite, une confidente, une épaule, une élève modèle, attentive, sans problème aucun.

Mon caractère hypersensible ne m’a pas aidée à sortir de ce système. Je n’avais jamais le choix. Je ne choisissais pas mes activités, je ne choisissais pas ce que j’allais faire avec mes amis, je ne choisissais RIEN. J’étais totalement passive face à la vie. C’était un peu une fatalité pour moi. Je me DEVAIS de faire toutes ces choses dont je n’avais pas envie, histoire de satisfaire tout le monde.

Je devais faire du latin, un bac éco’, réussir en maths, me plier aux règles de l’école, ne pas fumer, ne pas boire, ne pas faire de crise d’adolescence, ne pas dévoiler de secrets, ne pas choisir les films au cinéma, je ne devais pas être trop grosse, pas être trop mince, pas me teindre les cheveux, pas aller à des soirées alcoolisées, faire mes devoirs sérieusement, passer moins de 30 minutes au téléphone, étudier, ne pas être triste, ne pas être trop expressive, ne pas avoir d’avis sur les choses, ne pas répondre aux commentaires méchants de mes camarades de classe, parce que quelqu’un d’intelligent ignore les cons …

Evidement, personne ne m’a jamais dit explicitement toutes ces choses (sauf pour les cons), mais tout était sous-entendu. Je n’étais pas idiote et je voyais l’espoir dans les yeux de mes parents, de mes amis, de mes professeurs. Je n’avais pas le droit de décevoir.

Le résultat des courses a été que je me suis réveillée à 22 ans en ayant l’impression d’avoir raté une partie de ma vie super importante : l’adolescence. Ça a été soudain. J’ai eu l’impression de m’être fait franchement avoir. Genre, d’avoir regardé le film de ma vie, de l’avoir commenté de loin, puis d’avoir soudainement éteint la télé avant de me dire : « Bon, le film était pas mal mais j’aurais pas tourné ces scènes comme ça, moi » !

J’ai réalisé que j’avais tout donné à tout le monde, sauf à moi. J’avais été responsabilisée trop tôt, de par mon histoire et mes valeurs. J’avais appris à me défendre par le silence et à force de retenir tout ça en moi, j’allais finir par exploser. La pilule a été très difficile à avaler. Mais je ne pouvais plus reculer. Je veux dire : revivre mon enfance était impossible : aller foutre des tartes aux gens méchants du collèges, dire « non » à mes parents et rentrer à l’école du cirque n’étaient plus une option (mes priorités ont un peu changé depuis la 6ème quand même). Il fallait donc que j’ailles de l’avant en prenant des mesures pour « récupérer » MA vie et lui donner le sens que je souhaitais.

Le parcours est difficile. J’ai perdu beaucoup de temps que je ne rattraperai malheureusement pas, mais il n’est jamais trop tard pour devenir soi-même.

Au départ ça a été très difficile. Je n’avais aucune idée de qui j’étais, de ce que j’aimais vraiment, de ce que je voulais vraiment. J’ai été obligée de tout revoir ou plutôt, de tout assumer : mes goûts, mes attentes, mes désirs, mes besoins…Je prenais lentement conscience du formatage que j’avais subi.

On m’a inculqué un tas de croyances limitantes sur la vie et sur mon avenir. La société dans laquelle nous vivons et par extension, ses valeurs associées, ont détruit mes projets, mes désirs et j’ai dû mettre au placard un tas de rêves dans le seul but de satisfaire les autres.

Mais après tout, il s’agit de ma vie non ? Qui peut me dire ce que je dois faire, aimer ou vivre, finalement ?

J’ai passé un temps infini à regarder autour de moi avec mes yeux tous neufs. J’avais déprécié des individus parce qu’ils ne pensaient pas comme moi, j’avais admis le fait que rêver sa vie était mieux que de la vivre et un tas de trucs du genre. J’avais intégré qu’il fallait « mériter » ce qu’on a dans la vie, travailler comme un taré pour avoir la voiture de ses rêves, que sans travail on est rien, que les gens qui vivent leur passion sans bosser sont des feignants qui ne se donnent pas la peine d’avoir un « vrai » travail. Parce que travailler, ça doit être difficile, ça doit demander un effort et qu’il faut se tuer à la tâche pour (espérer) être fier de soi. MAIS DANS QUEL BUT ?

J’ai pris conscience que réfléchir comme cela et surtout VIVRE comme cela ne me donnerait jamais satisfaction (et puis qu’en fait, clairement, c’est pas une vie). Que pourrais-je tirer d’une vie dans laquelle je me fais exploiter 35 heures par semaine pour le mérite ? Pour mériter quoi d’ailleurs ? Mériter 10 jours de congés par ans, un bon salaire dont je ne me servirai jamais parce que j’ai trop de travail ? Est ce que pour m’intégrer à un groupe, il faut forcément que j’admette aimer et détester des choses, juste pour ne pas être moquée, rejetée ? Dois-je rendre tout le monde fier de moi alors que je suis la seule personne qui peut juger de quoi je peux être fière ? Dois-je être présente pour tout le monde, au détriment de ma propre vie ?

Est ce que je dois dédier ma vie aux autres ?

Non. C’est la réponse à laquelle je suis parvenue. Alors bien sur, nous avons des responsabilités, on ne peut pas s’extraire de la société, mais qu’est ce qui nous empêche de vivre en accord avec nous même ? Réfléchissons 5 secondes à toutes ces croyances limitantes auxquelles nous faisons face chaque jour et aux conséquences que cela peut avoir sur notre mental et la réalisation de nos rêves :

« Etre pompier c’est très difficile. Il faut avoir de grandes capacités physiques et toi, la gym c’est déjà pas ton truc alors … »
Sous-entendu : lâche l’affaire, t’façon t’es naze d’avance quoi.

« Devenir écrivain, c’est le rêve d’un tas de gens, mais bon, faut avoir du talent et savoir écrire. »
Et on peut savoir pourquoi tu pourrais pas apprendre à écrire et vivre de tes livres ? Certains réussissent hein.

« Je pourrais jamais faire ça, c’est pas un truc que mes parents apprécieraient. »
On s’en bat les steaks. Si ça te fait plaisir, pourquoi te priver ?

Les gens, dans la vie, ils ne se sont pas réveillés avec des capacités de fous, comme ça, d’un seul coup … ils ont travaillé dur pour réussir (et je ne parles pas forcément d’un travail au sens littéral si tu me suis bien, je parle d’un travail sur soi-même). Le problème, c’est que toutes tes croyances limitantes te poussent à croire que tu ne peux pas réussir, ou que ce que tu veux dans la vie n’a aucune légitimité. Alors oui, parfois, tu ne vas peut être pas réussir du premier coup (ou réussir tout court d’ailleurs, ça arrive) mais est ce que ça veut dire que pour autant, tu ne dois pas essayer ?

« Ah bon, t’aimes ça toi ? Je croyais que c’était pas ton truc. »
Comment te remettre dans une case en moins de 3 secondes.

Au final, après m’être retournée ce cerveau pendant un moment, j’ai décidé de faire du tri dans mes connaissances. Adieu les relous qui détruisent tes rêves avec leur réalité. J’ai laissé de côté certaines personnes et amitiés néfastes pour me concentrer uniquement sur les personnes qui croyaient vraiment en moi et qui pouvaient m’aimer et m’apprécier pour ce que j’étais vraiment. Je me suis affirmée et j’ai appris à dire ce que je pensais. Ça ne veut pas forcément dire que je suis devenue méchante, mais j’essaie d’être la plus honnête possible, de donner mon avis, quitte à me prendre la tête avec les autres et ouvrir le débat.

En finalité, je ne pense pas avoir tant changé, j’ai juste compris que pour vivre mieux, je ne devais pas tout garder au fond de moi, croire un peu plus en mes aspirations et surtout, arrêter de me fixer des limites et de penser qu’elles sont infranchissables.

Je ne suis pas pour autant complètement idéaliste. Mes objectifs sont tout à fait ordinaires (ou presque), je ne rêve pas d’aller sur Pluton, non plus (faut être un petit peu réaliste quand même). Aujourd’hui, je me bats simplement pour retirer les barrières qui m’empêchent d’avancer et de me concentrer sur ce qui me rendrait heureuse. Je pense sérieusement que, pour vivre heureuse, il faut que je me donne les moyens d’orienter ma vie de manière à m’approcher le plus possible de mon idéal, même si cela ne convient pas à tout le monde ou ne semble pas conforme à la société qui m’entoure.

Je veux dire : si tu rêves d’être danseur professionnel, ne laisse pas ton entourage te forcer à faire du droit parce qu’avocat c’est un beau métier et que tu vas gagner des ronds. Tu te vois passer 40 ans à faire quelque chose que tu n’aimes pas, simplement parce que tu n’as pas osé imposer tes choix et tenté de réaliser ton rêve ? Alors oui, tu vivras confortablement, tu auras un salaire tous les mois, mais tu passeras ta vie à te demander ce qu’elle aurait pu être, soi tu avais au moins essayé.

Penses-y.

You Might Also Like

8 Comments

  • Reply
    trouvelextraordinairecom
    5 janvier 2017 at 14 h 49 min

    Bel article! Ça m’a fait pensé à un livre que je viens tout juste de terminer qui pourrait je crois te plaire, Le jour où j’ai appris à vivre de Laurent Gounelle. Parfait pour débuter l’année 🙂

    • Reply
      iziaeverday
      6 janvier 2017 at 17 h 12 min

      Ça fait deux fois que j’en entends parlé depuis mi-décembre ! Moi qui cherchait quelque chose à me mettre sous la dent en ce moment ! 🙂

  • Reply
    Witchy Fairy
    5 janvier 2017 at 18 h 25 min

    Ton article est génial, j’ai adoré ! J’ai vécu un peu la même chose donc je comprends exactement tout ce que tu as écris. 🙂

    • Reply
      iziaeverday
      6 janvier 2017 at 17 h 14 min

      Merci ! 🙂 J’espère que ça va mieux de ton côté aussi. 🙂

  • Reply
    iziaeverday
    6 janvier 2017 at 17 h 09 min

    Merci, j’essaie de m’y tenir le plus possible et j’espère que ça inspirera d’autres personnes à faire de même. On vit tellement mieux, quand on est en accord avec soi-même ! 🙂

  • Reply
    Charlene V
    26 février 2017 at 15 h 55 min

    Wahouuu. Également, j’ai (eu ?) peur de décevoir, peur de ne pas être ce que l’on attend de moi. Et ça je m’en sors tout doucement.

    J’ai entendu « dans la vie t’as 0,00001 % t’atteindre ton but » « tu peux pas faire ci, tu peux pas faire ça. » Mais merde à la fin, je veux uste être heureuse.

  • Reply
    Sébastien di S.
    5 octobre 2017 at 17 h 40 min

    Bonjour, j’ai tapé des mots clé sur Google pour savoir si un sujet pouvait être similaire à une partie de ma vie. Je suis alors tombé sur ce Blog. Dans un premier temps, en regardant les résultats de ma recherche, le titre « Comment j’ai arrêté de rêver ma vie pour commencer à la vivre » m’a frappé au yeux. Effectivement moi aussi, garçon hypersensible, « j’ai passé ma vie à rêver » au point de n’avoir jamais les pieds sur terre, les hypersensibles sont des êtres principalement cérébrales, créatifs, imaginatifs, idéalistes… Ce manque de réalité et de pragmatisme nous égare, nous font perdre du temps, en tous cas ça a été le cas dans mes études, dans mes relations. (je n’ai pas aussi vécu une adolescence). La réalité revient vite au galop pour nous montrer qu’on s’égare encore plus. J’ai fais des études pour m’apercevoir que je n’étais pas fait pour supporter la pression ou pas adapter à un certain monde du travail (mes sens, mes émotions et mon efficience mentale étant multipliée, décuplée). J’ai toujours senti un combat sans cesse entre ce que je voulais faire, ce que j’étais, et selon mes possibilités (réalité déterminée, (déterminisme)), La philosophie m’a appris à développer mon sens critique et à m’éveiller. Nous nous trompons parce que nous subissons un égo matériel, un égo conscient caractérisé et programmé par les dogmes, les structures mentales, sociales, et environnementale de nos sociétés. Ces conditions sont multiples et sans fin parce que nous vivons dans un monde multi-condtionnel ou la multiplicité des conditions créées de nouvelles conditions, ou du moins nous renvoi instantanément vers de nouvelles. Par exemple, si je suis limité par le temps pour aller au travail, c’est à dire que j’ai un temps donné, ma conscience s’oppose au temps, ici la première condition (à contrario la notion d’incondition ferait l’inexistence du temps), le temps étant mesurable, il est alors limité par sa mesure (seconde condition) Le début et la fin (de ce temps) s’oppose troisième condition…etc Notre conscient est une sorte d’illusion et n’est pas par conséquent le reflet de ce que l’on est, il est fabriqué par des causes et effets en chaine, répété, créé depuis notre naissance (souffrances, peurs, croyances, conditionnement mental). il faut alors regarder et apprendre à se connaitre, c’est à dire cette partie inconsciente, son soi véritable qui dessine la grande partie de ce que nous sommes et de ce que nous n’arrivons pas à percevoir consciemment. Le fait que comme moi vous ayez été plus ou moins influençable au point de vous perdre, subir ou suivre les autres, amicalement, socialement, n’est pas du à votre manque de caractère. Les hypersensibles utilisent une logique globale, pour vous expliquer, une personne qui a une personnalité est partiale par ses préférences, elle est alors limitée par les effets de sa personnalité, car la personnalité fabrique une idée de limite et de sectarisme. Alors qu’une personne impersonnelle est globale, elle est réceptive à tout les personnalités et à toutes les préférences (qui ne sont en réalité que des parties de cette globalité pour les personnes avec personnalité). Plus une personne a une personnalité large moins elle pourra être mesurable et encore moins définie et identifiable. C’est globalité ce tout qui la rend impersonnelle car elle ne sectarise pas et ne se définie pas par des parties ou partialités.

  • Laisser un commentaire

    %d blogueurs aiment cette page :